mercredi 23 janvier 2013

L'usine



Voilà un livre qui m'a énervé, agacé, foutu en rote!! Foutrement, vraiment!! Je suis allé jusqu'au bout, c'est bon signe finalement. Il ne laisse pas indifférent, Il fait réagir. Depuis longtemps, on me conseillait de le lire, alors ça a fini par arriver. Vincent De Raeve raconte donc l'usine. L'usine et pas le travail, dont il parle peu. Enfin l'usine, plutôt son usine. C'est ce côté "moi je sais, toi pas alors ferme-là!" qui notamment agace. Et puis, surtout, ce ton paternaliste quand il parle des autres ouvriers, de ses collègues/camarades de travail.  Oh bien sûr, on a bien lu et bien compris qu'il est en colère, en colère contre l'usine, les patrons, le monde comme il va mal, tous ceux (les autres pas lui) qui se contentent d'une petite vie médiocre, tous ceux (les autres) qui ne prennent pas la peine de montrer le bon chemin à leurs enfants, tous ceux (les autres) qui ne résistent pas... Et comme la colère, parfois, n'est pas bonne conseillère, on dit des bêtises ou on s'emporte.

S'il fallait avoir l'expérience de quelque chose pour pouvoir en parler; comme l'affirme Vincent De Raeve; la quasi totalité des livres seraient inutiles et non pertinents. Et quoi, je ne pourrais pas parler d'Hiroshima, du viol, de la Shoah, si je ne les ai pas vécus/subis?  Il est mal informé quand il s'en prend à Anna Sam et à 'Tribulations d'une caissière' au motif qu'on ne connait rien au travail de caissière quand on passe quelques semaines dans une grande surface en observation sociologique, alors qu'elle y travaillait comme caissière et qu'elle a rédigé un blog qui, succès aidant, est devenu un livre. Mais quand bien même, elle n'eut été que sociologue enquêteuse, elle aurait eu le droit de dire. Le recul est souvent absent et c'est souvent fatiguant.

Bon, dans la postface qu'il a écrit deux ans après avoir écrit ce texte, Vincent De Raeve reconnaît quelques maladresses. Il revient sur la rédaction de ce livre. C'est ce qui donne au texte un intérêt pour qui se lance dans l'écriture de son histoire ou d'une partie de celle-ci. On a ici un travail en cours, la naissance d'un écrivain, des pages qui permettent de prendre conscience de ce que le travail d'écriture signifie. C'est que malgré mes réserves, il reste un texte qui se lit, qui remue, qui force à aller jusqu'au bout.



C'est comme ça que ça finit :

Je suis ému et tranquille. Insatisfait et curieux, fragile. Destructible et invincible à la fois. Je pige un peu. A ma mesure. J'ai approché la liberté. Je l'ai même effleurée une ou deux fois, du bout des doigts. Je sais plus bien quand. Et c'est déjà pas mal pour une vie d'homme debout.


FIN


Vincent de Raeve - L'Usine - Couleurs Livres, 2006.


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire